Illustration en flat design montrant une foule de silhouettes grises conformistes, avec une silhouette colorée qui se démarque, symbolisant la Positive Deviance.

L’anticonformisme qui fait avancer l’entreprise

Quand la stabilité vacille

Le monde tangue : politique, climat, économie… tout semble instable. Dans un tel contexte, rester rigide ne fonctionne plus. Comme un chat qui retombe toujours sur ses pattes, les organisations doivent apprendre à s’adapter, à se retourner et à repartir autrement.

Or, la créativité ne se décrète pas. On ne peut pas exiger de l’innovation tout en vénérant les process ou en décourageant ceux qui bousculent les habitudes. C’est une double contrainte, source de frustration et de stress.

La clé est de changer la culture des organisations : encourager l’inventivité, l’initiative et l’autonomie, plutôt que de réprimer la divergence.


Qu’est-ce que la Positive Deviance ?

Le concept de Positive Deviance repose sur une idée simple : dans toute organisation, certains individus trouvent de meilleures solutions que leurs pairs, avec les mêmes ressources. Ces « déviants positifs » sortent du cadre établi et innovent là où d’autres se bloquent.

Quelques-uns deviennent célèbres. Ignace Semmelweis, en imposant l’hygiène des mains, ou Nikola Tesla avec l’électricité, ont révolutionné leur époque en résistant au conformisme. Mais la plupart restent anonymes : passionnés, indépendants d’esprit, ils changent les choses en silence.

Leur attitude n’est pas toujours appréciée en entreprise. Résister au groupe, contester le statu quo, peut agacer et susciter des doutes sur leur loyauté. Pourtant, le consensus n’est pas toujours synonyme d’efficacité.


Bons rebelles vs mauvais rebelles

Lois Kelly et Carmen Medina distinguent deux types de rebelles :

  • Les « mauvais » rebelles : râleurs, pessimistes, accusateurs, centrés sur eux-mêmes, sources de conflits.
  • Les « bons » rebelles : créatifs, passionnés, optimistes, orientés solutions, capables de poser les bonnes questions et d’inspirer les autres.

Comme elles le disent :
« Nous ne sommes pas des fauteurs de troubles. Nous voulons que les choses aillent mieux. Appréciez-nous, car nous sommes prêts à soulever des montagnes pour vous. »


Conditions pour que la Positive Deviance prospère

La chercheuse Gretchen Spreitzer (Université du Michigan) a montré que les déviants positifs prospèrent dans les environnements qui :

  • accordent de l’autonomie,
  • tolèrent l’échec,
  • valorisent l’apprentissage continu,
  • encouragent les feedbacks constructifs.

Autrement dit, ce n’est pas la personnalité seule qui crée des rebelles constructifs, mais bien le cadre managérial et la culture d’entreprise.


Comment valoriser les déviants positifs ?

La Positive Deviance propose un changement de paradigme : au lieu d’imposer des solutions descendantes, il s’agit d’identifier et d’amplifier les solutions déjà présentes dans l’organisation, même si elles sont non conventionnelles.

Les RH et les managers peuvent agir en :

  • recrutant ou valorisant les profils atypiques,
  • repérant les pratiques innovantes qui émergent naturellement,
  • créant des espaces sécurisés pour l’expression des idées,
  • transformant les divergences en opportunités,
  • verbalisant explicitement une culture d’ouverture.

Ces démarches permettent de faire de la déviance constructive un moteur d’innovation et de résilience.


Le non-conformisme : une soft skill stratégique

Souvent perçu comme une menace pour la cohésion, le non-conformisme est en réalité une compétence clé. Encadré par un management clair, il ne détruit pas la coopération, il la renouvelle.

  • Il bouscule les routines stériles.
  • Il stimule l’intelligence collective.
  • Il ouvre la voie à des solutions inédites.

Pour en tirer parti, il faut un écosystème favorable : un management qui valorise l’audace, une organisation qui accepte la divergence, une culture qui transforme l’anticonformisme en ressource.


Un levier de motivation et d’engagement

Encourager la Positive Deviance renforce aussi la motivation des équipes. Les recherches sur l’engagement montrent que les salariés se mobilisent davantage lorsqu’ils :

  • se sentent autonomes et responsabilisés,
  • perçoivent un impact concret de leurs actions,
  • entretiennent des relations positives,
  • constatent leurs progrès et leur compétence.

Ainsi, miser sur les rebelles constructifs n’est pas un risque : c’est une chance de stimuler l’innovation, d’accroître la résilience et de prospérer dans un monde en transformation rapide.


Conclusion

La Positive Deviance montre que l’innovation ne naît pas seulement des grandes révolutions, mais aussi des petites transgressions quotidiennes. Ces rebelles constructifs sont des catalyseurs de changement, à condition qu’on leur donne un cadre sécurisé pour s’exprimer.

Plutôt que de craindre l’anticonformisme, les entreprises ont tout intérêt à l’encourager : c’est un atout stratégique pour s’adapter, innover et préparer l’avenir.